Travail gratuit : la nouvelle exploitation ?

Qu’y a-t-il de commun entre l’activité du stagiaire en entreprise, du bénévole aux Restos du Coeur, de l’allocataire d’aide sociale qui nettoie les parcs de New York, de la femme au foyer qui joue avec ses enfants et de l’internaute rédigeant un avis sur un restaurant? En analysant ensemble ces différentes formes de travail non ou peu rémunéré, la sociologue Maud Simonet, auteure de Travail gratuit : la nouvelle exploitation? (Textuel, 2018), bouscule nos idées préconçues sur la définition même du travail et de l’exploitation.

Quand on commence à chausser les lunettes du travail gratuit, on en voit partout et ça soulève un tas de questions stimulantes : quand je prépare le dîner pour ma famille, qui exploite ce « travail gratuit » : le capitalisme ou le patriarcat? Quand je poste une photo de chaton sur Facebook, peut-on vraiment appeler cela du travail gratuit, sous prétexte que ce geste génère de la valeur et du profit pour le réseau social ? Peut-on dire que je me fais exploiter quand je suis sous-payée par un journal engagé alors même qu’il ne s’enrichit pas sur mon dos ? Est-il légitime de ne pas désirer être payé pour certaines activités bénévoles, par souci de préserver leur caractère désintéressé?

Non seulement cette notion de travail gratuit invite à repenser l’exploitation et à dépasser la dichotomie simpliste entre la bonne gratuité et la mauvaise marchandisation, mais elle donne accès aux armes de l’institution travail pour lutter contre l’exploitation, à commencer par le syndicalisme et la grève.

Un entretien de Laura Raim à regarder sur le site de Hors-Série